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madraffin
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Après 30 ans passés au Rwanda et 10 ans en France, je souhaite communiquer sur ce que j'ai appris.
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03.11.2007
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Missiles "Mistral" : Kigali veut faire chanter Paris

Publié le 02/06/2012 à 17:09 par madraffin Tags : vie livre afrique
Missiles "Mistral" : Kigali veut faire chanter Paris

vendredi 1 juin 2012

Rwanda : à travers l’affaire dite des « missiles Mistral » Kigali veut une nouvelle fois faire chanter Paris

En écrivant dans l’édition du 1 juin 2012 du journal Libérationque les forces armées rwandaises (FAR) auraient possédé des missiles Mistral, Maria Malagardis, illustre une fois de plus les grand travers de la presse française : esprit partisan, vision hémiplégique des évènements, non vérification de l’information, liberté prise avec les faits, le tout couronné par une grande incompétence. Quant au Figaro, son attitude est encore plus lamentable, puisque ses journalistes ont, par suivisme, répercuté sans la vérifier la pseudo révélation de leur consoeur. Reprise par toutes les radios et par la plupart des chaînes de télévision, cette « information » a été présentée comme susceptible de renverser ce que l’on croyait savoir sur les responsabilités concernant l’attentat du 6 avril 1994, action terroriste qui coûta la vie au président Habyarimana et qui fut l’élément déclencheur du génocide du Rwanda.

Or, et importe de le dire haut et fort, il s’agit là d’une nouvelle manipulation orchestrée par les soutiens européens du régime de Kigali. En effet :

1) Ce document est connu de tous les spécialistes depuis des années. Il a même été longuement étudié, analysé et critiqué avant d’être finalement écarté par le TPIR en raison de son inconsistance. Mais, Madame Malagardis ignore les travaux de ce tribunal qui siège depuis 1996…

2) L’information qui est à la base de ce document émane de l’association humanitaire Human Rights Watch qui, à l’époque, était une des caisses de résonance des thèses du FPR.

3) C’est à partir de cette information de HRW que le capitaine Sean Moorhouse, officier G2 (renseignement) de la Minuar, rédigea cette note qui ne fait que reprendre l’une des multiples rumeurs qui circulaient à l’époque à Kigali, l’information concernant ces missiles étant d’ailleurs considérée par lui comme improbable.

4) Depuis, ce même officier a longuement expliqué le sens de sa note, notamment aux « enquêteurs » rwandais qui rédigèrent le « rapport Mutsinzi », ce montage grossier qui était supposé démontrer la « culpabilité» française.

5) En 2011, dans une correspondance adressée à l’expert belge Filip Reyntjens, le capitaine Sean Moorhouse expliqua la genèse de ce document, mettant en évidence son caractère totalement artificiel.

6) Toutes les armes des FAR, en dehors de l’équipement individuel, avaient été placées sous séquestre par les forces de l’ONU et elles étaient entreposées dans un hangar situé à Kanombe sous la responsabilité du colonel belge Luc Marchal, adjoint du général canadien Roméo Dallaire. Nous avons la liste détaillée de ces armements. Il n’y figurait pas de missiles. Le lendemain de l’attentat, le FPR ayant repris unilatéralement les hostilités, les FAR reprirent par la force leurs armes afin de pouvoir résister à leurs ennemis.

L’affaire est donc claire, il s’agit d’un nouvel enfumage qui s’explique par trois raisons :

1) L’étau se referme chaque jour un peu plus sur les auteurs de l’attentat. Contrairement à ce que Kigali voudrait faire croire, le dossier du juge Bruguière est en effet toujours d’actualité et de nouveaux témoins acteurs qui viennent d’être entendus ou vont l’être prochainement par les juges Trévidic et Poux le confirment. Quant au rapport d’expertise qui leur fut remis, nous avons montré ses faiblesses, ses incohérences et ses erreurs dans le numéro du mois de mai de l’Afrique réelle; les parties civiles ont d’ailleurs demandé une contre-expertise.

2) Kigali veut, par voie médiatique, faire pression sur les juges afin d’éviter la défaite judiciaire qui s’annonce.

3) Kigali a qui beaucoup perdu avec le départ de Nicolas Sarkozy n’a désormais plus d’alliés au plus haut niveau de l’Etat français. En mettant la pression sur Paris, le régime Kagamé se livre donc à un chantage auprès du nouveau régime: l’abandon de l’instruction du juge Trévidic contre la fin de la campagne anti-française.

Bernard Lugan

01/06/2012

Marianne : Propagande du FPR passée au crible...

Publié le 31/01/2012 à 11:24 par madraffin Tags : afrique bonne 2010 amis mort éléments
 Marianne : Propagande du FPR passée au crible...

Conférence de presse des avocats qui appuient Kigali 11/01/12

 

Depuis les évènements tragiques survenus au Rwanda en 1994, et l’accession au pouvoir d’un gouvernement dirigé par le FPR, le pays continue de se construire sur les mensonges et l’histoire manipulée. « Mensonges et manipulation » sont les maitres mots des nouveaux maitres du Rwanda. Dans cette quête de manipuler la vérité, le régime s’est entouré d’ alliés, qui consciemment ou pas contribuent largement à imposer une réalité imaginaire, une réalité revue et corrigée pour servir à leurs plans machiavéliques. » De tout temps, ces conteurs comme leurs publics ont préféré les histoires où les bons combattent les méchants plutôt que celles où des salauds en affrontent d’autres » affirment Rony Brauman, Jean-Hervé Bradol et Claudine Vidal dans l’hebdomadaire Marianne.

Ces fidèles indéfectibles et inconditionnels du régime de Kigali se sont faits entendre ces derniers jours lors de la sortie du rapport des experts commandé par les juges français Marc Trevidic et Nathalie Poux sur les circonstances de l’attentat d’avril 1994, dans lequel périrent notamment le président Habyarimana et son homologue burundais Cyprien Ntaryamira.

Dans leur tribune, ces trois personnalités se demandent comment est –il possible que le régime de Kigali impliqué dans les pires atrocités du XXIème siècle continue de bénéficier d’une amnistie pour ses forfaits, et pointent du doigt les medias qui, même les plus fiables, continuent de se laisser manipuler. « Depuis dix-huit ans, des centaines de milliers de morts, rwandais et congolais, sont imputables au Front patriotique rwandais (FPR) mais aucun de ses membres n’a été condamné pour ces faits. Les sources existent, elles sont connues. Comment expliquer une telle absence de réponse face à ce qui peut être considéré comme des crimes contre l’humanité ? La quasi-unanimité de la presse française sur les prétendues conclusions du rapport balistique commandé par les juges français chargés d’instruire la plainte des familles dont les membres sont morts dans l’attentat contre l’avion du président Habyarimana, le 6 avril 1994, fournit une nouvelle opportunité de comprendre comment le régime de Kigali assure son impunité ». Pouvons-nous lire dans les lignes de Marianne.

Dans cette tribune, trois éléments de méthode qui sont utilisés par « les idiots utiles de Kagame », dans le but d’assurer l’impunité et la longévité au régime répressif de Kigali sont décrits:

Prêcher « une seule vérité historique »

Le premier élément de méthode consiste selon ces analystes à « déclarer qu’une vérité historique », celle qui consiste à clamer haut et fort et partout que « le génocide des Rwandais tutsis, est en butte au négationnisme et au révisionnisme ». Le génocide tutsi est ainsi présenté comme « le seul crime ayant été perpétré au Rwanda ». C’est la seule version de l’histoire tragique du Rwanda qui doit être révélée, quiconque ose dénoncer les atrocités commises par le FPR avant, pendant et après le génocide, que ça soit au Rwanda, en dehors (surtout en RDC), il est très vite taxé de » négationnisme et au révisionnisme ». Il devient dans ce cas cynique voire insensé, de s’entêter à professer par tout que, dénoncer les horreurs perpétrées par le FPR de Paul Kagame est une forme de nier le génocide (tusti), alors que ces nombreux crimes du FPR ont fait l’objet de rapports officiels des Nations Unies (Mapping report sorti 2010), d’ONG des droits de l’homme comme Human Rights Watch ou Amnesty International. Comment une vérité qui saute auxyeux peut-elle être une négation de la mort de milliers des gens ?

Imposer le point de vue des amis de Paul Kagame

Le deuxième élément de méthode révélé dans Marianne est, « l’emploi systématique de la terreur pour imposer le point de vue des amis de Paul Kagame en dépit des évidences contraires ». Le régime de Kigali s’est forgé une réputation qui en dit long sur lui, ce dernier ne cesse d’occuper les bonnes places parmi les prédateurs des droits humains, et répression contre la presse libre. En effet, Paul Kagame que nombreux de ses supporteurs qualifient d’ « héros », mais traité aussi de « pire des dictateurs encore en activité », voire de « Hitler africain » par ses détracteurs, a instauré un système de terreur systématique, réprimant tout contre-pouvoir à l’intérieur, même à l’extérieur du pays. « Il n’existe plus de réelle opposition structurée à l’intérieur du Rwanda, ni de presse libre, en raison des arrestations et des assassinats ».

Ainsi, Maitre Bernard Ntaganda, Madame Victoire Ingabire et Déo Mushayidi respectivement leader du PS Imberakuri, des FDU Inkingi et du PDP-Imanzi sont emprisonnés depuis des mois. André Kagwa RwiseReka, vice-président du Parti vert démocratique, a quant à lui été quasiment décapité le 14 juillet 2010, Frank Habineza, le Président de ce parti a préféré l’exil, probablement pour ne pas subir le même sort que son vice-président. Les anciens du FPR qui se sont dissociés du pouvoir en place ont été réduits au silence ou contraints à l’exil quand ils n’ont pas été tout simplement assassinés. « Dans cette entreprise, les sicaires de Kigali ne s’embarrassent pas des frontières et plusieurs opposants et journalistes ont été exécutés dans les pays où ils s’étaient réfugiés, crimes et tentatives d’assassinats précisément relatés par les médias des pays concernés (Afrique du Sud, Ouganda, Royaume Uni, etc.) » affirme Marianne.

Le soutien des réseaux « d’amis » à l’étranger

« Le troisième élément de méthode est le soutien de réseaux d’« amis » à l’étranger (à une autre époque, on aurait parlé de « compagnons de route ») afin de relayer les accusations de négationnisme et de révisionnisme contre les commentateurs qui osent contredire les versions des faits produites par le régime en place à Kigali. Ces « amis », hyperactifs dans le débat public, viennent récemment d’occuper la plupart des tribunes afin de faire dire à un rapport balistique ce qu’il ne disait pas, et se sont comportés, volontairement ou non, en vecteurs de la propagande internationale du FPR ». Rappelons que ce rapport des géomètres et experts en balistique, commandé par les juges français Marc Trévédic et Nathalie Poux sur les circonstances de l’attentat contre l’avion du président, n’avait pas pour objet d’identifier les auteurs du tir de missiles qui ont explosé le Falcon présidentiel, mais seulement de localiser l’endroit d’où ils ont été tirés.

La sortie d’un rapport balistique n’a pas en aucun cas produit une conclusion sur l’identité des assassins, cependant, Marianne constate que la publication de ce rapport a été accompagnée d’une campagne médiatique affirmant le contraire : « l’expertise balistique innocenterait Kagame. Les deux avocats du FPR, qui se sont exprimés après la remise du rapport balistique, ne sont pas les seuls responsables de cette vague d’enthousiasme en faveur de Kagame. Le juge Bruguière, auteur d’une précédente instruction incohérente, et une bonne partie de la presse française ont apporté leur contribution au brouillage de pistes. De tout temps, les conteurs comme leurs publics ont préféré les histoires où les bons combattent les méchants plutôt que celles où des salauds en affrontent d’autres. Doit-on pour autant présenter comme équivalents le génocide des Rwandais tutsis et les crimes commis par le FPR ? Absolument pas. Pour cela il faudrait oublier la différence entre deux types d’ordres : « Exterminez les tous » ou « Massacrez une partie d’entre eux » affirment RonyBrauman, Jean-Hervé Bradol et Claudine Vidal dans leur tribune.

L’art de la manipulation et du mensonge continuent à réglementer l’histoire du Rwanda, et les médias internationaux qui ne prennent pas la peine d’analyser de manière critique les informations en provenance de Kigali et ses relais sont là pour perpétrer cette tradition dont la principale victime est la vérité.

Jean Mitari

Jambonews.net

Rwanda : Vérité "irréfutable" vraiment?

Publié le 27/01/2012 à 16:41 par madraffin Tags : sommaire afrique article 2010 france amis monde argent

 

Alma Rodinson, journaliste indépendant, remet en cause l’interprétation dominante des expertises concernant l’attentat contre l’ancien président rwandais qui a donné le signal du génocide de 1994.

Article paru dansPolitis n° 1187

Les 11 et 12 janvier derniers, Libération et le Monde nous « révélaient » le mot de la fin concernant l’attentat contre l’avion de l’ancien président rwandais le 6 avril 1994 : « Irréfutable » pour Libération, « Une vérité qui dérange la France », selonle Monde. L’expertise technique, commandée par les juges antiterroristes français et présentée aux avocats des parties le 10 janvier, accuserait les extrémistes hutus et leurs supposés alliés. Sauf qu’à y regarder de plus près, c’est le point de vue de Kigali que cette presse a pris pour argent comptant. Seule la BBC, le 11 janvier, a donné les diverses interprétations des avocats.

Si Libération et le Monde s’étaient donné la peine de recouper l’info, ils auraient interrogé par exemple l’avocat d’une des familles des pilotes, à l’origine de la plainte. Lequel avocat a une toute autre interprétation du rapport. Car le dossier technique ne prétend aucunement révéler l’identité des tireurs.

D’autre part, si le site de Kanombe, privilégié par les experts comme zone de lancement des missiles, peut en effet mener à l’intérieur d’un camp militaire hutu, il peut également conduire à l’extérieur. Peut-on d’ailleurs raisonnablement imaginer que les extrémistes hutus auraient « signé » leurs tirs depuis l’une de leurs bases ? D’autant que l’avantage des missiles portés à l’épaule est précisément leur maniabilité. On ne peut donc exclure des infiltrations de la zone par le FPR. Les forces de l’ONU n’ont-elles pas constaté des brèches dans la clôture du cantonnement du FPR à Kigali à cette époque ? La seule évocation de Kanombe ne démontre donc rien.

Surtout, l’expertise, faute de traces matérielles après presque deux décennies écoulées, s’est appuyée essentiellement sur des témoins fournis par le régime rwandais, les témoins d’autres pistes ayant été écartés par les autorités comme cela avait déjà été le cas lors de l’enquête britannique [1]. D’autre part, pourquoi les témoins de Masaka, lieu qui pointerait plutôt la piste FPR, ont-ils été écartés ? Pourquoi l’expertise acoustique, sur laquelle la partie balistique se fonde, a-t-elle était faite à distance, depuis la France ? On ne sait comment ces pratiques ont pu être acceptées par les experts, ni surtout le crédit que leur accorderont les juges dans leurs conclusions. Mais il est certain que les parties civiles ont de quoi demander une contre-expertise dans un délai de trois mois. La propagande qui tente d’occuper le terrain est d’autant plus douteuse que la même expertise confirme que les missiles sont des SA 16, armes soviétiques qui mènent plutôt en Ouganda, où le FPR était basé à l’époque.

Dans l’ensemble du dossier, le rôle des témoins indépendants pèse lourd. Même s’il y a eu deux ou trois défections, des dissidents du FPR de plus en plus nombreux accusent Kagamé, y compris des ex-intimes de celui-ci. Tandis qu’on ne trouve nul ex-extrémiste hutu, libre de parole, pour accuser son camp depuis 1994...

Pourquoi cet unilatéralisme péremptoire de la presse française ? Sans doute parce que la stratégie du régime de Kigali est très efficace, sur le modèle israélien, avec une exploitation émotionnelle du génocide des Tutsis. Ce qui a, jusqu’à présent, réussi à faire oublier par la justice internationale les graves accusations portées contre Kagamé. Il l’a dit lui même : « Nous utilisons la communication et l’information sur la guerre mieux que quiconque. Nous avons trouvé un nouveau moyen de procéder » [2]. Kagamé est d’autant plus motivé qu’il joue son avenir : comment conserver l’image du sauveteur s’il est accusé d’avoir été le détonateur du génocide ?

Ce qui compte désormais, c’est la réconciliation officielle entre Paris et Kigali. Laquelle commença dès l’arrivée de Sarkozy à la présidence et de Kouchner aux Affaires étrangères. Kagamé veut la mettre à profit pour obtenir la disculpation de ses proches dans l’affaire de l’attentat. Pour le président français, il n’est pas très difficile de mettre « les erreurs d’appréciation » de la France au Rwanda sur le compte de ses prédécesseurs, tout en envisageant de retrouver un rôle en Afrique centrale. Les attaques rwandaises contre le rôle de la France peuvent aujourd’hui s’estomper au prix d’une entente cynique. Ainsi, tout en expiant sa faute passée (et toujours mal explicitée), la France entame une nouvelle relation avec un des pires dictateurs de la planète, sous la bénédiction d’une certaine presse et des faux amis du Rwanda.

[1] Philip Reyntjens, dans la critique du rapport Mutsinzi dans « l’Annuaire des Grands Lacs 2010-11 », éd. l’Harmattan.

[2] Conférence à Oxford le 28 mai 1998, citée par Gérard Prunier dans son ouvrage « Africa’s world war ».

 

 

source : http://www.politis.fr/

Guy Theunis raconte ses « 75 jours de prison à Kigali »

Publié le 25/01/2012 à 18:24 par madraffin Tags : homme monde cadre société livre afrique revenu congo

Rwanda – Belgique:
(Jambonews.net 25/01/2012)


A l’occasion d’une séance de dédicace tenue ce jeudi 19 janvier 2012 à Bruxelles pour présenter la sortie de son livre intitulé « Mes 75 jours de prison à Kigali », Guy Theunis est revenu non seulement sur les conditions de son arrestation, sa détention et son jugement à Kigali, mais aussi sur les conditions générales de détention au Rwanda, les juridictions Gacaca et la politique de terreur instaurée par le FPR.

Guy Theunis est prêtre catholique de nationalité belge, âgé de 60 ans, il a été membre de la société des missionnaires d’Afrique (pères Blancs) et journaliste de la revue Dialogue. Guy Theunis connait bien le Rwanda où il a vécu de 1970 à 1994. Il fut arrêté le 6 septembre 2005 à l’aéroport de Kigali où il transitait après avoir séjourné huit jours à Bukavu, à l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) et où il animait des séminaires sur la paix et la réconciliation. Après son arrestation, le père Theunis a été détenu à la prison centrale de Kigali pendant deux mois. Il était accusé de « l’incitation à la haine ethnique, négationnisme, et implication dans le génocide». On l’accusait en particulier de l’assassinat de 60 personnes à la paroisse Sainte Famille à Kigali, et d’avoir collaboré avec un certain général Munyakazi. Le père Theunis affirme qu’en réalité, il était poursuivi pour avoir dénoncé les violations des droits de l’Homme commises par le Front Patriotique Rwandais (FPR, au pouvoir). Après deux mois de détention au Rwanda, la Haute Cour rwandaise a ordonné que le père Guy Theunis soit transféré en Belgique. Aujourd’hui, il est un homme libre car son dossier a été classé sans suite.

Au cours de la présentation de son livre « Mes 75 jours de prison à Kigali » qui vient de sortir, il a pris le temps de revenir sur son arrestation, sa détention, les fausses accusations contre lui, les conditions désastreuses de détention au Rwanda, et la situation politique dans ce pays.

La salle au premier niveau de la librairie UOPC à Bruxelles était bondée de monde au point que nombreux n’ont pas eu de places assises, les gens s’étaient déplacés en masse pour suivre le père Theunis qui présentait son livre. Dans la foule, il y avait des religieux, des membres de la diaspora rwandaise, des militants de droits de l’homme, ainsi que les membres de la société civile. Le père Theunis a, durant la conférence, dressé un tableau désastreux des conditions de détention au Rwanda, et le fonctionnement opaque de la justice rwandaise, surtout les juridictions populaires connues sous le nom de « Gacaca ». « L’ancien père blanc a évoqué la situation des milliers des prisonniers entassés dans les prisons rwandaises, certains sont là depuis 1995, sans savoir pourquoi, car nombreux sont ceux qui sont arrêtés sur une simple dénonciation.

Cette dénonciation ne concerne pas seulement les détenus au Rwanda, car dans les prisons en Belgique, on dénombre quatre belges d’origine rwandaise qui sont incarcérés certains depuis des mois sans avancement de leurs dossiers. Ces détenus accusés de génocide et poursuivis en Belgique, « rencontrent des difficultés dans leur défense puisqu’ils ne peuvent pas aller faire des enquêtes au Rwanda dans le cadre de leur défense », a fait remarquer le père Theunis , qui a également évoqué le climat de terreur qui règne au Rwanda, où le régime en place continue de se livrer à des atrocités inimaginables.

Répondant à une question, le Père Theunis a également commenté le Rapport balistique présenté le 10 janvier dernier dans le cadre de l’enquête de deux juges français au sujet de l’attentat du 6 avril 1994 contre l’avion du Président Habyarimana. A ce sujet, il a dénoncé le manque d’objectivité de la presse qui, au lieu de parler ce que disait le rapport, a repris les déclarations du gouvernement rwandais.

En réponse à une question lui est posée, le conférencier a souligné une atmosphère de fin de règne au Rwanda. « Les signes annonciateurs d’un spectacle invraisemblable d’une fin de règne sont visibles », a –t-il précisé. A ce sujet il est revenu sur le cas des proches de Paul Kagame aujourd’hui en exil en Afrique du Sud, et sur les mises résidences surveillées ces derniers jours de plusieurs officiers supérieurs de l’armée, tous proches de Paul Kagame. Cette séance de dédicace du livre du Père Theunis a été largement enrichissante car quelques personnes en ont profité pour poser des questions, d’autres ont fait des témoignages dont beaucoup étaient très émouvants. Le Père Theunis a lancé un appel aux Hutu et Tutsi, d’œuvre ensemble pour un Rwanda sans violence et injustice, un pays où il sera possible pour tous ses citoyens de vivre en paix.

Jean Mitari

Jambonews.net

Attentat Rwanda : implication du FPR mise à nu (Lugan)

Publié le 19/01/2012 à 12:23 par madraffin Tags : moi 2010 france nuit mort livre éléments signature
Attentat Rwanda : implication du FPR mise à nu (Lugan)

RWANDA : MISE AU POINT DE B. LUGAN SUR LE RAPPORT DES JUGES TREVIDIC ET POUX : L'IMPLICATION DU FPR MISE A NU
(Medias France Libre 19/01/2012)


(Rwanda,Lugan) 1) Le Rapport parlementaire français date de 1998. Or, depuis, les connaissances que nous avons de la question ont considérablement progressé. C’est ainsi que devant les quatre Chambres du TPIR, des centaines de témoins ont parlé, des milliers de documents ont été présentés, de nombreux experts de toutes disciplines ont déposé des rapports. L’histoire a donc avancé. Vous semblez l’ignorer et c’est pourquoi votre analyse des évènements est obsolète.

Expert dans les principaux procès qui se sont tenus devant le TPIR[1], et étant intervenu en fin de chaque procédure, j’ai très exactement eu à faire le bilan de ces avancées historiographiques. Pour être clair, disons que je fus à plusieurs reprises assermenté par le TPIR, à la demande de la Défense, pour montrer au Tribunal en quoi les avancées scientifiques résultant d’années de procédure contredisaient l’acte d’accusation dressé dans les années 1995-1997, et le rendaient par conséquent obsolète.

Assermenté dans les deux principaux procès des responsables militaires (Militaires I et Militaires II TPIR-98-41-T et TPIR- 2000-56-T), j’ai tout particulièrement travaillé sur la question du « timing » de l’offensive du FPR.

Cette question est en effet fondamentale car, depuis 1994, le FPR soutient qu’il l’a lancée plusieurs jours après l’attentat pour se porter au secours des populations massacrées.

Or, non seulement cette thèse n’a pas prospéré devant le TPIR, mais il a même été établi et cela sans le moindre doute, que cette offensive - qui avait été programmée puisque les forces et les moyens avaient été prépositionnés -, a suivi l’attentat et qu’elle débuta dès la nuit du 6 au 7 avril 1994. Nous avons le nom des chefs de colonnes, leur lieu de concentration dans le nord du Rwanda, leur effectif, leur ordre de marche et le minutage précis de leur progression. Les premiers combats ont commencé à Kigali le 7 avril très précisément entre 5 et 6 heures du matin[2].
Il est insolite de constater que vous semblez l’ignorer ; mais il est vrai que votre association n’a pas eu, comme moi, accès à l’ensemble des travaux du TPIR.

2) Contrairement à ce que vous écrivez, les experts n’ont pas déterminé avec une précision « qui n’est pas contestée » le lieu du tir des deux missiles lequel est d’ailleurs en contradiction avec les témoignages des acteurs de l’attentat. Mais, ce sera au juge de les confronter.
Dans l’immédiat, je vous livre quelques informations qui ont leur importance au sujet de l’expertise acoustique puisque c’est elle qui l’a emporté sur les hésitations des autres experts :
- L’expert acoustique ne s’est pas rendu au Rwanda et il a fait son expertise « en chambre ».
- Il n’a jamais entendu un départ de SA 16.
- Selon certaines informations « officieuses » en cours de vérification, cette expertise aurait été faite sur simulation, avec un missile d’un type voisin du SA 16 et dans un camp militaire français de la région de Vierzon. Pour mémoire, la région de Vierzon est plate alors que celle du lieu de l’attentat est un cirque de collines…, ce qui a tout de même une certaine importance dans la propagation des sons !!!
Si ces informations étaient vérifiées, nous serions donc en plein amateurisme, pour ne pas dire en pleine dérive…

3) Le camp Kanombe n’était pas comme vous l’écrivez, le « sanctuaire » de la garde présidentielle dont le cantonnement principal était situé au centre ville de Kigali, face au CND, casernement de l’APR depuis la signature des Accords d’Arusha.

J’ai bien connu le camp Kanombe quand je vivais au Rwanda. Je puis certifier qu’à cette époque - peut-être y eut-il des changements ensuite -, il n’avait rien d’une caserne de la Légion étrangère… et on y pénétrait facilement à condition de ne pas franchir l’entrée principale. A mon époque toujours, c’était un vaste espace en partie clôturé par deux rangs de barbelés souvent détendus, ouvert vers Masaka sur des friches et des taillis. J’y ai chassé la perdrix sur ses limites hautes vers la colline Masaka, et la bécassine dans le vallon séparant la colline Kanombe de celle de Masaka.

Ceci pour dire qu’effectivement,il n’est pas exclu qu’un commando FPR ait pu s’y introduire. Mais les acteurs de l’attentat parlent tous de Masaka.
Or, vous faites totalement l’impasse sur ces témoignages extrêmement détaillés qui figurent pourtant au dossier et que le juge confrontera au rapport des experts.

Afin de précéder votre question, je porte à votre connaissance, car vous semblez définitivement ignorer les travaux du TPIR, que l’un de ces témoins, Abdul Ruzibiza, a fait sous serment devant la Cour les mêmes déclarations que celles antérieurement faites au juge Bruguière et que, quelques semaines avant sa mort, il les confirma devant la justice française, revenant ainsi sur une précédente rétractation. Depuis, d’autres témoins ou acteurs se sont déclarés qui, tous, confirment l’hypothèse avancée par le juge Bruguière.

Nous sommes d’accord sur un point : l’avion présidentiel a bien été abattu par deux missiles Sam7. Or, et là encore, et vous semblez l’ignorer, la traçabilité de ces deux missiles a été établie. Grâce à la coopération judiciaire de la Russie nous savons en effet que ces deux missiles portables SAM 16 dont les numéros de série étaient respectivement 04-87-04814 et 04-87-04835 faisaient partie d’un lot de 40 missiles SA 16 IGLA livrés à l’armée ougandaise quelques années auparavant. Or, vous n’êtes pas sans savoir que Paul Kagamé et ses principaux adjoints furent officiers supérieurs dans l’armée ougandaise avant la guerre civile rwandaise et que, de 1990 à 1994, l’Ouganda fut la base arrière mais aussi l’arsenal de l’APR. Sur ce point également, les travaux du TPIR permettent des certitudes.

De plus, comme cela a été établi, une fois encore devant le TPIR, l’armée rwandaise ne disposait pas de tels missiles.

Le FPR a tenté de faire croire qu’en 1991, quand il était chef d’état-major des FAR, le colonel Serubuga en aurait commandé à l’Egypte. Cet argument a été balayé de la manière la plus formelle par le TPIR qui a admis qu’il s’agissait d’un faux, ou plus exactement d’une tentative de manipulation à partir d’une facture pro forma (je donne la photocopie du document dans mon livre page 297) que l’on avait tenté de faire passer pour une facture authentique. Cette curieuse méthode attira d’ailleurs une réponse cinglante du président de la Chambre que je cite pages 261-264 de mon livre.

Voilà, cher Monsieur, quelques éléments de réponse qui, j’en suis sûr, n’entameront pas vos certitudes militantes.
Que peuvent en effet les preuves face à une croyance quasi religieuses puisque vous êtes persuadé d’être le Bien contre le Mal ? L’historien dont la position a évolué au fur et à mesure du dossier a, quant à lui, toujours à l’esprit cette phrase de Beaumarchais que je vous invite à méditer : « Je ne blâme ni ne loue, je raconte ».

Bernard Lugan
14/01/12

[1] Expert assermenté dans les affaires Emmanuel Ndindabahizi (TPIR-2001-71-T), Théoneste Bagosora (TPIR-98-41-T), Tharcisse Renzaho (TPIR-97-31-I), Protais Zigiranyirazo. (TPIR-2001-73-T), Innocent Sagahutu (TPIR-2000-56-T), Augustin Bizimungu (TPIR- 2000-56-T). Commissionné dans les affaires Edouard Karemera (TPIR-98-44 I) et J.C Bicamumpaka. (TPIR-99-50-T). La synthèse de ces rapports et des travaux du TPIR a été faite dans Bernard Lugan (2007) Rwanda : Contre-enquête sur le génocide et l’actualisation du dossier dans l’Afrique Réelle, n°4, avril 2010, disponible par PDF à la revue www.bernard-lugan.com

[2] Pour la chronologie détaillée de cette question, je vous renvoie à mon livre (Rwanda : Contre-Enquête sur le Génocide à partir de la page 84.) Depuis la parution de ce livre, la chronologie a encore été affinée.
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Jeudi, 19 Janvier 2012 06:26

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Rwanda : rapport balistique qui fait péter les plombs

Publié le 16/01/2012 à 18:23 par madraffin Tags : blog article amis bonne monde afrique éléments

 

  • Par Jean-Hervé Bradol, membre du Crash

L’expertise balistique au sujet de l’attentat commis en 1994 contre l’avion qui ramenait à Kigali les présidents du Rwanda et du Burundi monde/01012382607-rwanda-la-preuve-d-un-genocide-planifie" target="_blank">a fait la Une de Libération. Elle a également provoqué de nombreux commentaires dans la presse, actant comme afrique/article/2012/01/11/rwanda-une-verite-qui-derange-en-france_1628208_3212.html" target="_blank">Le Monde d’une «vérité à la portée historique et diplomatique». De quoi s’agit-il ? D'un rapport dont les conclusions sont interprétées comme mettant définitivement hors de cause les amis de Paul Kagame, dans cet attentat précédant de quelques jours le déclenchement du génocide des Rwandais tutsis.

Le fait que ce rapport n’ait pas été lu par ceux qui commentent ses conclusions ne les décourage pas de formuler des opinions définitives sur l’identité des commanditaires du crime. La conclusion de l’étude technique, du moins sous la forme rapportée par la journaliste Colette Braeckman sur son blog.lesoir.be/colette-braeckman/2012/01/10/un-rapport-technique-qui-fait-basculer-lhistoire/#more-1284" target="_blank">blog, est présentée comme reposant sur une double expertise, balistique et acoustique: « Analysant la distance à laquelle le bruit du départ des missiles a pu être entendu, les experts ont conclu que le lieu du tir était très proche, entre 1000 et 3000 mètres du point d’impact. » Pour reconstituer le trajet du missile, la balistique seule s’emploierait à relever les traces matérielles de la présence du missile en au moins deux points pour pouvoir calculer sa trajectoire. Or dans ce cas, dix-sept ans après les faits, ces traces matérielles ne peuvent plus être relevées.

Afin de pallier l’absence d’éléments matériels, la balistique passe la main à une autre discipline: l’acoustique. En fait les conclusions de l’enquête qui nous est présentée comme balistique reposent en bonne partie sur l’analyse acoustique du souvenir des bruits d’explosion entendus par des témoins au moment où l’avion a été abattu. D’un point de vue méthodologique, les conclusions de l’enquête dite balistique reposent avant tout sur des témoignages et non sur des éléments matériels. En ce sens, cette expertise ne ramène pas des faits plus solidement établis que ceux mentionnés dans d’autres procédures, notamment celles du Tribunal pénal international pour le Rwanda. Dans ces procédures, on pouvait déjà lire à partir des dires de témoins, que certaines personnes et objets (les missiles) étaient présents sur les lieux de l’attentat (les alentours de l’aéroport de Kigali) et à un moment précis (le 6 avril 1994 au soir). Le seul caractère marquant de cette expertise balistique mâtinée d’acoustique est l’utilisation de ces supposées conclusions pour dédouaner Paul Kagame et ses amis.

A l’instar de Colette Braeckman, plusieurs observateurs s’autorisent en effet en s’appuyant sur « un rapport technique qui fait basculer l’histoire » à innocenter ceux qui étaient encore peu de temps auparavant présentés comme les principaux suspects : « En écartant la colline de Masaka comme le lieu de l’attentat, les experts ont automatiquement exonéré le FPR, qui était dans l’incapacité de pénétrer dans le camp présidentiel. » Le monde serait merveilleux si pour se permettre d’émettre un jugement aussi définitif il suffisait pour connaître la vérité d’évoquer la mémoire auditive et visuelle d’un événement de quelques secondes survenu dix-sept ans plus tôt devant un expert en acoustique. La manipulation de l’information au sujet des éléments techniques de l’enquête du juge Trévidic est si grossière qu’elle pourrait produire un effet comique si elle ne concernait pas l’assassinat de deux chefs d’État et l’extermination de centaines de milliers de personnes.

 

Source : blog de liberation.fr

Interrogations, incertitudes ou enfumage? 6 avril 94

Publié le 15/01/2012 à 16:39 par madraffin Tags : vie amis nuit mort éléments
Interrogations, incertitudes ou enfumage? 6 avril 94

Ce ne sont pas leurs conclusions que les juges Trévidic et Poux communiquèrent aux parties (défense, parquet et parties civiles) le mardi 10 janvier 2012, mais simplement le rapport des experts techniques (balistique, acoustique etc.,) mandatés  pour les éclairer sur la question de savoir d’où furent tirés les missiles qui, le 6 avril 1994, abattirent en vol l’avion du président Habyarimana.

Ce document qui sera soumis à contre-expertise ne constitue qu’un élément du volumineux dossier concernant l’assassinat du chef de l’Etat rwandais. Simple étape dans la procédure, il ne permet aucune extrapolation car il ne dit pas qui a, ou qui n’a pas, abattu l’avion présidentiel. Enfin, dans l’état actuel de la procédure et du dossier, cette pièce ne rend en rien obsolète l’ordonnance rendue par le juge Bruguière en 2006.

Revenons-en donc aux seuls faits.

Le 6 avril 1994 vers 20h 30, alors qu’il allait atterrir à Kigali, l’avion du président hutu Juvénal Habyarimana fut abattu par deux missiles portables SAM 16 dont les numéros de série étaient respectivement 04-87-04814 et 04-87-04835 ; or, comme cela a été établi devant le TPIR, l’armée rwandaise ne disposait pas de tels missiles.

La traçabilité de ces engins a été reconstituée : fabriqués en URSS, ils faisaient  partie d’un lot de 40 missiles SA 16 IGLAlivrés à l’armée ougandaise quelques années auparavant. Pour mémoire, Paul Kagamé et ses principaux adjoints étaient officiers supérieurs dans l’armée ougandaise avant la guerre civile rwandaise.

Trouvèrent la mort dans cet acte de terrorisme commis en temps de paix, deux chefs d’Etat en exercice, les présidents Juvénal Habyarimana du Rwanda et Cyprien Ntaryamira du Burundi, ainsi que deux ministres burundais, MM. Bernard Ciza et Cyriaque Simbizi. Parmi les victimes se trouvaient également le Chef d’état-major des FAR (Forces armées rwandaises), le général Deogratias Nsabimana, le major Thaddée  Bagaragaza, responsable de la maison militaire du président rwandais, le colonel Elie Sagatwa, beau-frère du président Habyarimana et chef de  son cabinet militaire, ainsi que l’équipage français composé de MM. Jacky Héraud, Jean-Pierre Minoberry et Jean-Michel Perrine, tous trois civils.

Quelques heures après l’attentat, dans la nuit du 6 au 7 avril, et alors que l’armée rwandaise avait été décapitée, les forces militaires du FPR rompirent le cessez-le-feu en vigueur depuis 1993 et entamèrent la conquête du pays. Cette offensive avait été soigneusement planifiée puisque des moyens en hommes et en matériel avaient été pré-positionnés comme cela a également été amplement mis en évidence devant le TPIR. 

Paralysée par l’embargo sur les armes et les munitions qu’elle subissait[1], l’armée rwandaise fut défaite. D’immenses tueries se déroulèrent dans le pays, le génocide des Tutsi étant selon le juge espagnol Merelles (2008), doublé d’un massacre de masse des Hutu par l’APR (Armée patriotique rwandaise), commandée par Paul Kagamé.
Depuis cet attentat, deux thèses s’opposent :

1) Celle de l’attentat commis par des « extrémistes hutu » qui auraient assassiné leur propre président ainsi que leurs propres partisans qui étaient à bord de l’avion afin de pouvoir déclencher un génocide qu’ils avaient programmé et préparé.

La principale faiblesse de cette thèse est que le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a, dans tous ses jugements concernant les « principaux responsables du génocide », que ce soit en première instance ou en appel, clairement établi qu’il n’y avait pas eu entente pour commettre ce génocide et qu’il n’avait donc pas été programmé.

2) Celle d’un attentat commis par le FPR sur ordre du général Kagamé afin de décapiter l’Etat rwandais et disposer d’un prétexte pour prendre militairement le pouvoir. Ethno-mathématiquement parlant, les élections prévues sous supervision de l’ONU allaient en effet donner une victoire automatique aux Hutu (+-90% de la population) sur les Tutsi (+-10%) et cela en dépit de leurs divisions. Cette thèse est notamment celle du juge Bruguière.

Saisi par les familles de l’équipage français et par la veuve du président Habyarimana, le juge Bruguière qui ne s’est pas rendu au Rwanda et qui a mené son enquête d’une manière classique, a rendu une ordonnance (novembre 2006) dans laquelle il accuse le président Kagamé d’avoir ordonné l’attentat qui coûta la vie à son prédécesseur.

Le juge Bruguière se fondait notamment, mais pas exclusivement, sur les déclarations et témoignages de plusieurs transfuges tutsi qui lui donnèrent force détails sur l’opération, dont les noms des membres du commando ayant abattu l’avion. L’un d’entre eux, Abdul-Joshua Ruzibiza, répéta ses accusations, sous serment cette fois, devant le TPIR et les procès verbaux des audiences concernées sont très clairs à ce sujet. Il se rétracta ensuite au sujet de ce qu’il avait déclaré au juge français, tout en confirmant ce qu’il avait dit aux juges du TPIR. Or, ses propos avaient été identiques. Puis, quelques semaines avant sa mort, il revint sur sa rétractation française et confirma devant les juges la version primitivement donnée au juge Bruguière.

L’ordonnance de soit-communiquérendue au mois de novembre 2006 par ce dernier allait très loin puisque des mandats d’arrêt contre plusieurs membres du premier cercle de Paul Kagamé furent lancés et qu’il recommanda au TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda) d’inculper le président rwandais.

Le 6 février 2008, via Interpol, le juge espagnol Merelles qui soutient la même thèse que le juge Bruguière, lança plusieurs dizaines de mandats d’arrêt contre de hautes personnalités de l’actuel régime rwandais.

Le document remis aux parties par les juges Trévidic et Poux le 10 janvier remet-il en question cet exposé du dossier ?

Non, car la seule nouveauté qu’il contient concerne le lieu du tir des deux missiles[2]. Selon le rapport d’expertise, ce lieu se situerait « probablement » dans le camp militaire de Kanombe, soit à une distance d’à peine deux à trois kilomètres de la ferme de Masaka identifiée comme point de tir par le juge Bruguière. De plus, et il est important de le préciser, cette « probabilité » n’est pas apparue aux experts balistiques à la suite d’une démonstration, mais par élimination et en raison des arguments de l’expert acoustique, ce qui devra être étayé lors de la contre-expertise.

Les juges Trévidic et Poux vont maintenant devoir confronter ce rapport d’expertise aux autres éléments du dossier.

Ils vont ainsi et notamment devoir résoudre la question des étuis des deux missiles trouvés à Masaka, la question étant de savoir s’ils y ont été abandonnés par les tireurs de l’APR, ce qui ramènerait l’accusation dans le camp de Paul Kagamé, ou si, après avoir abattu leur propre président, leur propre chef d’état-major et leurs propres amis, les « extrémistes » hutu les y auraient déposés afin de faire croire à la responsabilité de l’APR/FPR.

Ils vont également devoir comparer le rapport d’expertise et ses « probabilités » à ceux des témoignages contenus dans le dossier et qui donnent avec une grande précision et une impressionnante quantité de détails le lieu du tir, à savoir Masaka, ainsi que les noms des deux tireurs et des membres de leur escorte, la marque et la couleur des véhicules utilisés pour transporter les missiles depuis l’Ouganda jusqu’au casernement de l’APR situé au centre de Kigali et de là jusqu’au lieu de tir à travers les lignes de l’armée rwandaise, ainsi que le déroulé minuté de l’action.

Ce ne sera qu’à l’issue de leur enquête, au minimum dans plusieurs mois, que les juges rendront leur rapport. Jusque là, tout n’est que spéculation, désinformation, propagande, en un mot « enfumage ».

Bernard Lugan

CANADA RWANDA : Le prix de la vie d'un homme

Publié le 10/01/2012 à 09:18 par madraffin Tags : lecture rwand

Essentiellement, la Cour suprême a préféré l’opinion d’un arbitre/fonctionnaire d’Immigration Canada à celle de juges indépendants chevronnés.

Tribune libre de Vigile
vendredi 6 janvier 2012 :312 visites

L'expulsion de Léon Mugesera est littéralement un arrêt de mort signé par le gouvernement du Canada contre un homme jugé innocent, pour plaire au régime assassin de Paul Kagame, président du Rwanda. Léon Mugesera est sacrifié par le gouvernement du Canada sur l'autel des profits des sociétés minières canadiennes, qui pillent la République démocratique du Congo grâce à la collaboration de Kagame et de sa marionnette Kabila. Le gouvernement du Canada est ainsi complice des pires crimes et se permet néanmoins de donner des leçons de morale aux autres pays. Et le parti de Stephen Harper est loin d'être le seul dans ce bateau. Beaucoup de gens auront le sort de Léon Mugesera sur la conscience, si jamais il lui arrive malheur.

À ce que je sache, aucun parlementaire, de quelque parti que ce soit, à Ottawa ou à Québec, ne s'est jamais porté à la défense de Léon Mugesera, ce qui rend la classe politique en général complice, elle aussi. Quant aux médias, ils ont un sérieux examen de conscience à faire. Au moment d'expédier le présent message, aucun journal n'avait accepté de publier le texte de Robin Philpot et plusieurs ont diffusé récemment des informations inexactes, incomplètes, non contextualisées et tendancieuses sur le cas de Léon Mugesera. — BD

Quelques précisions s’imposent au sujet de Léon Mugesera que le Canada souhaite renvoyer au Rwanda après près de 20 ans de résidence ici. D’abord, les seuls juges canadiens – et ils sont quatre : Nadon de la Cour fédéral et Décary, Létourneau et Pelletier de la Cour d’appel fédérale – qui se sont penchés sur le fond de l’affaire, soit le discours prononcé le 22 novembre 1992, ont déclaré non fondées les allégations de crime contre l’humanité. De plus, les trois juges de la Cour d’appel fédérale ont déclaré non fondées les allégations d’incitation au meurtre et d’incitation au génocide. Ces juges ont expliqué leurs conclusions en détail dans une décision de plus de 100 pages rendue le 8 septembre 2003.

Et la Cour suprême, dira-t-on. En fait, elle ne s’est pas penchée du tout sur le fond de l’appel, se contentant de déclarer que les juges de la Cour fédérale et de la Cour d’appel fédérale avaient tort de revoir la question de fond en comble. Essentiellement, la Cour suprême a préféré l’opinion d’un arbitre/fonctionnaire d’Immigration Canada à celle de juges indépendants chevronnés. D’où la décision de renvoyer Léon Mugesera. Donc, pour le fond de l’affaire, il faut se référer au jugement de la Cour d’appel fédérale. Une lecture édifiante, par ailleurs, qui permet d’éviter des erreurs grossières.

À titre d’exemple, contrairement à ce qu’a affirmé Le Devoir (5 janvier 2012), l’enregistrement du discours de M. Mugesera n’a pas fait surface en 1995. En fait, la transcription du discours a été remise à feue Alison Des Forges en janvier 1993 par « un membre de la communauté diplomatique » à Kigali que Madame Des Forges a refusé d’identifier, ni devant les tribunaux canadiens ni devant le Tribunal pénal international sur le Rwanda. Nous ne savons toujours pas qui était ce diplomate et quel était son intérêt.

Alison Des Forges était alors co-présidente d’une commission d’enquête sur la violation des droits de la personne au Rwanda qui a passé deux semaines au Rwanda en janvier 1993. Et c’est du rapport de cette commission publié en février 1993 que proviennent toutes les accusations contre Léon Mugesera. Que dit la Cour d’appel fédérale au sujet de cette commission ?

« La Commission internationale d’enquête, selon la décision de la Cour d’appel fédérale, a fondé ses conclusions relatives au discours de M. Mugesera sur des extraits qu’elle a soigneusement choisis et qu’elle a par surcroît manipulés et sur une traduction dont on ignore la source et qui est substantiellement différente de celle retenue pour les fins des présentes procédures. » (para 111).

Et d’ajouter le juge Létourneau dans un commentaire concourant :

« Je ne peux cacher mon étonnement face non seulement à cette facilité avec laquelle le texte du discours de M. Mugesera fut altéré à des fins partisanes par la Commission internationale d’enquête, mais surtout face à cette aisance et à cette assurance avec lesquelles les triturations de texte furent par la suite acceptées, avec les conséquences que l’on connaît. » (para. 255)

Donc, la source des allégations contre Léon Mugesera étaient gravement viciée selon les seuls juges canadiens qui se sont penchés sur le fond de l’affaire, ce qui explique leur décision de ne pas permettre la déportation de Mugesera et de sa famille. Personne n’a contesté cette décision, ni même la Cour suprême du Canada qui ne l’a renversée que sur une question technique.

Que dire du renvoi au Rwanda ? Comment le Canada peut permettre de renvoyer Léon Mugesera au Rwanda, dont le président et homme fort, Paul Kagame, a mis l’Afrique des grands lacs à feu et à sang depuis l’invasion du Rwanda à partir de l’Ouganda le 1er octobre 1990 ? Au pouvoir depuis juillet 1994, ce régime a tué ou incarcéré toute opposition. Même des prêtres québécois qui en savaient trop, Claude Simard et Guy Pinard, ont été tués par le régime le 18 octobre 1994 et le 2 février 1997 respectivement. Que les pays occidentaux cherchent à s’en laver les mains, c’est une chose, mais pour la justice et le respect de la vie humaine, il faut repasser.

 

Rwanda : imposer la monoculture... Destruction des cultures

Publié le 09/10/2011 à 18:46 par madraffin Tags : blog chez article mort cadre soi fleurs

Au mois de septembre 2011, plusieurs citoyens rwandais ont contacté le Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice au Rwanda (CLIIR), une organisation de défense des droits de l’homme basée en Belgique, pour lui faire part d’une situation très préoccupante : il s’agit de la campagne lancée par les autorités politiques pour détruire les plantations dans le cadre d’imposer la monoculture.

Ainsi le 29/09/2011, à Butare dans la province du Sud, dans l’ancienne commune de Huye, une équipe de plusieurs personnes a débarqué dans la région. Elles ont coupé toute la bananeraie et les arbres fruitiers. Des haricots qui venaient de germer ont été arrachés. La population, qui ne comprend pas la motivation de ces actes de vandalisme, voire de criminalité, est dans le désarroi le plus total. Le CLIIR rapporte que ces milices destructrices reçoivent un per diem substantiel pour leurs forfaits.

Dans le nord du pays, à Ruhengeri, le même scénario a eu lieu le 30/09/2011 dans la région de Nyabihu. La population a été forcée par les autorités politiques locales d’arracher les plants de haricots pour les remplacer par la culture du maïs. Chaque personne, en plus d’arracher ses cultures, a payé une amende de 10.000 francs rwandais. Celui qui n’a pas pu s’acquitter de cette somme a reçu une visite chez lui où ces envoyés du pouvoir ont pris le gros et le petit bétail (vache, chèvre, porc, ou poules) en guise de compensation.

La population considère cette imposition de la culture du maïs comme une façon que le pouvoir a trouvé pour affamer ses citoyens.

Toujours fin septembre 2011, dans la région de Kibuye, province de l’Est, une horde de gens envoyés par les autorités politiques a débarqué dans le secteur Burunga, dans l’ancienne commune de Gitesi. Ils ont coupé tous les plants de bananiers et ont arraché d’autres cultures vivrières.

Dans l’ancienne commune de Karengera, dans la région de Cyangugu, dans les environs de la paroisse catholique de Mwezi, la population a été obligée d’arracher le haricot en voie de floraison. La population concernée se demande de quoi elle va vivre car elle ne pourra rien récolter le moment venu.

Dans la région de Rulindo, province du Nord, la population s’est vue interdire de cultiver la patate douce et le sorgho, les deux principales cultures qui poussaient dans la région. La consigne est de planter le maïs.

Durant la même période, de telles missions destructrices ont sillonné les anciennes communes de Rutare, Buyoga, Kibali, Giti et Rutare. Les champs ont été saccagés et les plantes coupées ou arrachées. La population est terrorisée et invitée à ne cultiver que le maïs.

Depuis bientôt plus 5 ans, la population est victime des politiques improvisées visant à pérenniser les intérêts financiers de l’oligarchie politico-militaire au pouvoir au Rwanda.

Comme le montre toujours le CLIIR, le 26 août 2006, les autorités de l’ancienne province de Gitarama (ville qui dépend du district de Muhanga actuellement), ont fait tenir une réunion publique avec le mot d’ordre de consacrer les travaux communautaires du samedi pour détruire les plantations de bananeraie de la région. Dans une autre réunion tenue dans la même ville de Gitarama (secteur Gahogo) le 10 septembre 2006, l’autorité locale a « sensibilisé » les citoyens à détruire, eux-mêmes, leur bananeraie et de ne laisser que les troncs de bananiers qui portent encore des régimes de bananes. Cette autorité a déclaré qu’il existe d’autres cultures plus rentables comme les fleurs qui vont remplacer la bananeraie.

Après avoir provoqué la pénurie des vivres de première nécessité comme la patate douce, le manioc et le sorgho (le régime rwandais a confisqué les marais et les terres fertiles), le noyau dur des chefs militaires et politiques du FPR (Front Patriotique Rwandais) « a planifié de massacrer la population par la faim », précise le CLIIR. Ils détruisent les plantations de bananeraie qui représentent la dernière source de nourriture et de boissons pour la population et pour le bétail. Face à cette proposition de « suicide forcée », la population désobéit et refuse de détruire son dernier maigre grenier de vivres. Les paysans sont forcés à cultiver des fleurs à la place du bananier, car elles seraient, d’après les autorités, plus rentables que la banane. Exiger que les paysans détruisent leur bananeraie équivaut à les soumettre à la faim qui provoque la mort et la honte, la sous-alimentation sévère et chronique qui détruit et affaiblit le corps, et l’angoisse par ces tracasseries quotidiennes. Signalons que cette contrainte de détruire soi-même sa plantation de bananeraie, c’est-à-dire « se suicider par la faim », est assortie de mesures punitives contre ceux qui refuseraient d’obéir : une amende arbitraire de 50.000 Frw ou un emprisonnement.

Les autorités administratives ont le devoir et la mission d’éduquer et d’orienter la population sur le chemin de son bien-être au lieu de la brutaliser et de la terroriser.

Jane Mugeni
Echos d’Afrique

Les Hutus persécutés en France : un système bien organisé

Publié le 05/09/2011 à 12:00 par madraffin Tags : femme 2010 chez france travail vie internet éléments moi affiche congo

Source: Marianne

Dans quelques jours, Nicolas Sarkozy recevra en grande pompe Kagamé, le Président rwandais qui accuse la France, et notamment Alain Juppé, le ministre français des affaires étrangères de complicité avec les génocidaires. Parallèlement, des croisés en lien avec le régime rwandais traquent des Hutus présumés génocidaires en tentant de forcer la main à la justice française. Pierre Péan dénonce leurs actions.

Alors que Nicolas Sarkozy s’apprête à dérouler le tapis rouge à Paul Kagame, le dictateur rwandais qui accuse l’armée française et quelques responsables politiques, dont Alain Juppé, de complicité de génocide, le régime de Kigali fait feu de tout bois pour traquer en France ceux qu’il désigne comme des « génocidaires ».

 

Il dispose pour cela de deux dénonciateurs de Hutus. En liaison étroite avec Martin Ngoga, procureur général de la République du Rwanda, et Tony Kuramba, chef de la section rwandaise d’Interpol, Alain Gauthier et Jean-François Dupaquier traquent les prétendus génocidaires installés en France avec des méthodes dignes de la Stasi : ils harcèlent les maires des communes où vivent les Rwandais « recherchés » par Kigali, envoient des lettres infâmantes sur les avocats qui osent les défendre, et sur les gens qui, comme moi, ne partagent pas leur analyse de la tragédie rwandaise. Et ce qui est beaucoup plus grave, ils rendent la vie impossible à des Rwandais installés en France. J’ai vécu de près le harcèlement dont sont victimes le père Wenceslas Munyeshyaka, le docteur Eugène Rwamucyo et plus récemment un Rwandais habitant à quelques centaines de mètres de chez moi, à Bouffémont.


Courroies de transmission du pouvoir rwandais, ils sont devenus les principaux interlocuteurs de la Justice française, mais aussi des législateurs et de la presse. Sous les habits respectables des Wiesenthal et Klarsfeld qui ont construit eux-même des fonds d’archives impressionnant, avec pour seul souci la justice et la vérité, ils ont réussi à dissimuler leur tenue de délateurs. De plus, le génocide rwandais n’a rien d’assimilable à la Shoah. Une instruction en Espagne et un rapport de l’ONU parlent d’un possible crime de génocide commis par le régime FPR de Kigali contre les Hutus, pourchassés jusqu’en République démocratique du Congo.

De façon naïve et/ou lâche, les décideurs politiques français font comme si le régime de Kigali était démocratique et que sa justice fonctionnait selon les mêmes critères de séparation des pouvoirs et d’indépendance qui valent en France. Or la justice rwandaise est un des instruments utilisés par le pouvoir pour contrôler les Hutus de la diaspora, en particulier en France : sur eux pèse la menace que, du jour au lendemain, leur vie bascule, s’ils sont accusés de crime de génocide. Sont notamment visés les membres de cette diaspora qui pourraient avoir les moyens de fédérer une opposition au régime de Kigali.

Alain Gauthier a créé avec sa femme, Daphroza Mukarumongi, cousine du chef d’état-major rwandais, une petite entreprise familiale de traque dénommée Collectif des Parties civiles rwandaises (CPCR). Tous les deux ont d’abord milité, après 1990, pour la victoire du FPR et, après la victoire de Paul Kagame en 1994, madame Gauthier est devenue la présidente de la Communauté rwandaise de France (composée en réalité de Tutsis partisans du FPR), en même temps qu’une militante active de l’association IBUKA. Par souci d’efficacité, le couple crée en 2001 le CPCR, association dont les statuts vont lui permettre de se porter partie civile contre les présumés génocidaires et qui va lui permettre de relayer en France des traques judiciaires décidées à Kigali. 

Instituteur retraité, Gauthier consacre tout son temps et toute son énergie à cette chasse. Il se rend fréquemment au Rwanda, où il a accès à toutes les procédures en cours et assiste souvent aux séances de gacaca, cette juridiction traditionnelle sans magistrat ni avocat qui est censée juger près d’un million de Hutus, « petites mains » du génocide. Une fois son marché fait, tandis que Martin Ngoga lance des demandes d’extradition et que Tony Kuramba fait acheminer les éléments pour qu’Interpol inscrive les fiches de recherche correspondantes, Gauthier revient en France, porte plainte contre les cibles définies à Kigali et leur pourrit la vie : il commence par organiser un tapage médiatique qui aboutit souvent à la perte du travail par les personnes visées, à un passage en prison et à l’impossibilité d’obtenir un titre de séjour. Le CPCR affiche sur Internet les 16 dossiers qu’il suit, et ne cache pas son lien intime avec le ministère de la Justice du Rwanda. L’entreprise CPCR est souvent aidée par le couple Dupaquier.

 

Jean-François Dupaquier est journaliste, marié à une Rwandaise tutsie militante FPR depuis longtemps. C’est Dupaquier qui, après avoir « pourri» l’existence du père Wenceslas depuis une quinzaine d’années, a organisé avec le maire de Sannois (95) l’arrestation illégale, le 26 mai 2010, du docteur Eugène Rwamucyo. Lequel qui avait déjà perdu son travail à la suite d’une campagne médiatique. Rwamucyo a passé tout l’été 2010 en prison.

Même si parmi l’ensemble des Hutus réfugiés en France se cachent probablement des personnes impliquées dans le génocide, les Gauthier et les Dupaquier n’ont néanmoins aucune légitimité à se substituer à la Justice de notre pays qui fait son travail, en dépit de ce qu’ils en pensent.

 

A lire dans Marianne N° 750 : Rwanda. Juppé aux abonnés absents, par Jean-Dominique Merchet (p.53).

Hutus persécutés en France